Les maires du Cameroun prévoient prioriser l’énergie et le climat dans leurs plans de développement

Posted on : 4 mars 2019

À Bonaberi, un quartier à la périphérie de Douala, la capitale économique du Cameroun, Elodie est soulagée de trouver un logement temporaire pour sa famille. Auparavant résidente de Manoka, une île située sur le littoral de Douala, Elodie, ses enfants, et des centaines d’autres personnes, ont été déplacées à la suite d’une inondation.

Manoka est de plus en plus vulnérable aux grandes inondations et les villageois qui ont été déplacés à maintes reprises, craignent que leur communauté ne soit engloutie par les eaux, mais ne peuvent pas faire grand-chose pour protéger leurs habitations. L’érosion côtière et l’inondation régionale ont déplacé de nombreuses personnes dans différentes régions du Cameroun. En décembre 2015, le Ministère camerounais de l’Administration territoriale et de la décentralisation a déclaré que plus de 120 villages ont été détruits ainsi que des milliers d’hectares de terres agricoles en l’espace de trois ans. La situation est même pire aujourd’hui avec les conditions météorologiques extrêmes qui incluent une sécheresse grave dans les régions du nord et des pluies torrentielles de la mousson qui ont souvent paralysé la capitale Yaoundé.

Les variations météorologiques extrêmes ont un impact négatif sur les moyens d’existence et la santé des populations au Cameroun et sont souvent liées au manque de préparation au niveau local qui aurait pu doter le pays de la capacité à mieux répondre aux catastrophes. L’accès à l’énergie demeure également un problème majeur dans cet état ouest africain. Consciente de cette lacune, l’initiative de la Convention des Maires en Afrique sub-saharienne (CoM SSA) soutient les gouvernements locaux au Cameroun en fournissant les capacités nécessaires pour lutter de manière efficace contre le changement climatique et offrir l’accès à une énergie propre. Grâce à l’approche de la CoM SSA, les gouvernements locaux intègrent les stratégies d’adaptation au changement climatique dans leurs plans de développement locaux afin de protéger et d’améliorer les moyens d’existence de leurs populations.

En partenariat avec le Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU Habitat), la Convention des Maires en Afrique sub-saharienne a organisé un atelier national afin d’aider les maires camerounais à mieux comprendre l’initiative de la CoM SSA. L’atelier s’est tenu à Yaoundé du 13 au 15 février et a rassemblé plus de 80 représentants de gouvernements locaux du Cameroun. Ceux-ci comprenaient 15 signataires et certaines des 58 municipalités qui ont signé la lettre de pré-engagement. Au cours de cet atelier de trois jours, les animateurs ont fourni des informations détaillées sur l’initiative de la CoM SSA et ont souligné le besoin pour les gouvernements locaux d’en faire partie. Il a été expliqué aux participants le processus de formulation d’un Plan d’action en faveur de l’accès à l’énergie durable et du climat (SEACAP[1]) pour leurs villes, à l’aide de l’étude de cas de la ville de Kampala.

« Nous avons appris qu’après avoir signé la Convention des maires et soumis notre engagement politique, nous pouvons recevoir l’appui pour la formulation notre plan d’action. L’expérience du Maire de Kampala nous a aidés à décider que l’accès à l’énergie sera notre priorité pour les cinq prochaines années, » a déclaré Elise Mballa Meka, l’une des participantes qui est également Maire de la municipalité d’Akom II dans le sud du Cameroun.

“Cet atelier m’a beaucoup aidée parce que nous pensions généralement que les projets de l’Union européenne concernent uniquement les grandes villes. Toutefois, j’ai appris que les petites municipalités telles que la nôtre sont également admissibles à certains projets de l’UE » a ajouté Mme. Mballa.

Durant l’atelier, les municipalités de Yaoundé III et Yaoundé IV ont présenté leurs projets pilotes durables en faveur de l’accès à l’énergie et du climat. Le Professeur Agbati Camil Koffigan a également présenté le projet de la cité de Tsévié au Togo, tandis que Joel Nana de Sustainable Energy Africa a présenté le processus de formulation du Plan d’action en faveur de l’accès à l’énergie durable et du climat de la ville de Kampala en Ouganda, une ville pilote de la Convention des Maires en Afrique sub-saharienne.

Dans sa présentation, la Chargée de projet à CoM SSA, Vanessa Vorvor, a souligné l’importance pour les maires de rejoindre l’initiative de la Convention des Maires en Afrique sub-saharienne. Elle a également abordé le sujet de la prochaine phase de l’initiative de la CoM SSA qui apportera l’appui de l’agence allemande de développement, GIZ, à certaines municipalités du Cameroun pour les aider à développer des projets bancables. « Pour en bénéficier, vous devez d’abord être des signataires » a déclaré Mme. Vovor.

Dr. Vincent Kitio, Chef de l’Unité Énergie urbaine à l’ONU Habitat a également exhorté les participants à utiliser pleinement l’initiative de la CoM SSA pour développer leurs villes. « La Convention des Maires en Afrique sub-saharienne est un outil pour lutter contre le changement climatique et améliorer l’accès à l’énergie, et est donc un très bon outil de développement durable pour le Cameroun » a-t-il expliqué. M. Kitio a également loué la participation des femmes à l’initiative, informant les participants que moins de 3% des Maires au Cameroun sont des femmes. Pourtant elles sont à la tête de plus de 20% des municipalités du pays à avoir signé la Convention.

La Convention des Maires en Afrique sub-saharienne est une initiative fondée par l’Union européenne  (UE) pour aider les villes de l’Afrique sub-saharienne dans leur lutte contre le changement climatique et pour assurer l’accès à une énergie propre au moyen d’un engagement volontaire. Il s’agit d’une initiative partant de la base qui permet aux villes de définir et de réaliser des objectifs ambitieux et réalistes qu’elles se sont fixées elles-mêmes en harmonie avec la méthodologie de la Convention.

« Les gouvernements locaux tels que les municipalités et les villes sont des acteurs clés dans la prise en compte du défi double du changement climatique et de l’accès à l’énergie. L’Union européenne  soutient cette initiative avec un financement de plus de 40 millions d’euros » a déclaré Felice Zaccheo, Chef de l’Unité pour l’énergie durable et le Changement climatique à la DG DEVCO, à la Commission européenne.

Se joignant au concert de voix en faveur de villes plus durables, plus résilientes face au climat, et plus dynamiques, Serge Ondoa, représentant le Ministre camerounais de la Décentralisation et du développement local (MINDDEVEL), a convié toutes les villes et municipalités du Cameroun à rejoindre l’initiative de la CoM SSA.

« Le thème du changement climatique est étroitement lié aux recommandations nationales pour le développement local. La Convention des Maires en Afrique sub-saharienne fait partie du processus de décentralisation » a déclaré M. Ondoa. « Nous invitons les autorités municipales à rejoindre la Convention des Maires en Afrique sub-saharienne pour concrétiser la lutte contre le changement climatique dans notre pays. »

Au Cameroun, le changement climatique se produit tellement rapidement que les cultures et les habitations sont détruites trop souvent. Les initiatives telles que la Convention des Maires en Afrique sub-saharienne aideront les gouvernements locaux à assurer de manière permanente la protection des populations, des biens et de l’environnement contre les risques de catastrophes naturelles ou de sinistres et à inverser les effets de ces sinistres.

La Ministre camerounais de l’Habitat et du logement, Célestine Ketcha Courtès a présidé la cérémonie de clôture officielle. « C’est avec grand plaisir que je suis ici en ma qualité de Ministre après avoir été parmi les premiers maires à rejoindre la Convention des Maires en Afrique sub-saharienne » a déclaré l’ancienne Maire de Bangante, une ville de l’ouest du Cameroun. « Les outils et le savoir développés et partagés durant ces trois jours auront un impact positif sur le développement de l’environnement de notre pays. »

[1] Sustainable Energy Access and Climate Action Plan